Les peintures d’Aline Setton empruntent le langage de l’architecture tout en refusant de se soumettre à sa logique. Murs, fenêtres, terrasses, piscines, colonnes et passages évoquent des espaces que l’on pourrait parcourir ou habiter, mais ces structures ne se résolvent jamais tout à fait en lieux cohérents.

Les peintures d’Aline Setton empruntent le langage de l’architecture tout en refusant de se soumettre à sa logique. Murs, fenêtres, terrasses, piscines, colonnes et passages évoquent des espaces que l’on pourrait parcourir ou habiter, mais ces structures ne se résolvent jamais tout à fait en lieux cohérents. Des fragments d’architecture, de paysage et d’images s’assemblent plutôt en environnements suspendus entre le familier et l’imaginaire. Les perspectives se déplacent, les plans se superposent et les ouvertures ne conduisent pas nécessairement vers une autre pièce, mais vers une nouvelle possibilité picturale.

Dans ce nouveau corpus, Setton utilise l’architecture comme une structure permettant d’examiner la manière dont les images construisent l’espace. Un rideau, une surface carrelée, un horizon lointain, la végétation ou une étendue d’eau peuvent agir simultanément comme représentation et comme éléments de composition. Dans Slicing the Spectrum, le paysage se fragmente en une succession dense de plans verticaux et courbes. Dans Poolside, l’apparente lisibilité d’un extérieur moderniste est perturbée par des changements d’échelle et de perspective. Ailleurs, la distinction entre intérieur et extérieur devient de plus en plus poreuse : des paysages apparaissent à travers des ouvertures, des surfaces se comportent comme des fenêtres et des éléments architecturaux deviennent presque des champs abstraits de couleur.

Les peintures de Setton attirent le regard par leur apparente clarté architecturale, avant de déstabiliser progressivement cette première impression. Elle emprunte le vocabulaire visuel de l’architecture moderniste, avec ses géométries épurées, ses vastes surfaces vitrées, ses porte-à-faux spectaculaires et sa relation soigneusement orchestrée entre bâtiment et paysage. Pourtant, elle trouble la promesse d’ordre traditionnellement associée à ce langage. Ses espaces contiennent des contradictions impossibles à résoudre sur le plan architectural, mais qui demeurent parfaitement convaincantes sur le plan pictural. Le regard est sans cesse invité à pénétrer dans le tableau, pour se heurter à un autre plan, une autre interruption, une autre image.

Cette tension entre cohérence et fragmentation est au cœur de la pratique de Setton. Plutôt que de représenter des architectures existantes, elle construit des espaces par la peinture, combinant observation, mémoire et invention au sein d’environnements régis par leur propre logique interne. Les œuvres qui en résultent possèdent quelque chose de la mémoire des lieux : suffisamment précises pour sembler reconnaissables, mais assez instables pour échapper à toute identification. Elles évoquent la manière dont la mémoire elle-même réorganise l’espace, conservant une couleur, une surface, une vue ou une qualité particulière de lumière, tout en laissant le reste se transformer.

Cette première exposition individuelle d’Aline Setton chez Duran Contemporain fait suite à la présentation solo que lui consacrait la galerie à Art Toronto en 2025. L’accueil réservé à ce projet a permis de faire découvrir son travail à un public canadien plus large. Cette exposition prolonge et approfondit cette rencontre. Réunies, ces peintures révèlent une pratique où l’architecture est moins un sujet qu’un moyen de réfléchir à la perception elle-même : à la façon dont nous assemblons des fragments pour construire des espaces, dont les images façonnent notre compréhension des lieux et dont la peinture peut rendre un monde impossible, l’espace d’un instant, entièrement habitable.