Mon travail envisage l’image comme un objet hanté. Influencé par le concept barthésien du « filmique, » cette couche affective ineffable qui dépasse la narration, logée dans l’arrêt sur image fragmenté, et par les théoriciens des médias qui explorent la spectralité, l’image ne renvoie pas au passé; elle se déploie vers l’avant, façonnée par sa propre détérioration.

 

Un instant furtif de film, illuminé à travers un écran et capturé par la caméra, ressemble à une image en mouvement et poursuit son voyage de décomposition. Déjà transformée par son origine dans l’image animée et sa transmission entre écrans, l’image fixe porte les traces de la corruption, du reflet et de l’entropie. Choisie moins pour ce qu’elle représente que pour la manière dont cette représentation est perturbée, l’image glisse vers l’abstraction. Ce qui émerge n’est pas un document stable, mais une archéologie du devenir: une excavation par couches de la résonance affective, explorant la dégradation médiatique et la mémoire comme processus de remémoration et de construction.

 

Au sein de ce déploiement, la mémoire n’opère pas comme un réservoir stable, mais comme un processus mutable. Le travail est guidé par cette charge résiduelle: la manière dont le sentiment traverse son propre cycle d’érosion et de transformation, altéré par la répétition et la fatigue matérielle. Dans cet espace où la représentation vacille, la matérialité prend le relais. Les surfaces superposées, les résidus d’impression et l’interruption picturale deviennent des mécanismes qui plient le temps dans les images, permettant aux états passés et présents de s’imprégner mutuellement. La mémoire efface la distance tandis que l’histoire la reconstruit; l’œuvre existe dans cet entre-deux chargé, où les images sont continuellement refaites par accumulation.